{"id":61,"date":"2026-06-14T17:05:54","date_gmt":"2026-06-14T15:05:54","guid":{"rendered":"https:\/\/mysticismechretien.fr\/?page_id=61"},"modified":"2026-07-12T23:11:14","modified_gmt":"2026-07-12T21:11:14","slug":"chretiens","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/mysticismechretien.fr\/index.php\/chretiens\/","title":{"rendered":"Chr\u00e9tien(s)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article a pour objet de faire un point historique et textuel suffisant pour prendre en compte la complexit\u00e9 socio-historique du christianisme, <strong>afin que nous n&rsquo;ayons plus r\u00e9ellement besoin d&rsquo;y revenir ensuite<\/strong> : ceci nous permettra finalement de d\u00e9finir une personne <strong>chr\u00e9tienne<\/strong> comme <strong><em>celle qui suit les enseignements spirituels de J\u00e9sus-Christ \u00e0 partir de la mani\u00e8re dont ils ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s ou pr\u00e9cis\u00e9s dans la Bible<\/em><\/strong>, sans qu&rsquo;il n&rsquo;y ait besoin que la Bible soit la seule et l&rsquo;unique source. Mais commen\u00e7ons donc par reprendre le fil de l&rsquo;histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour d\u00e9terminer qui sont les chr\u00e9tiens, ceci suppose de bien en cerner les <strong>aspects historiques, sociologiques, linguistiques et culturels<\/strong>, qui permettent de mieux <strong>saisir le \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne chr\u00e9tien\u00a0\u00bb en le remettant dans son contexte d&rsquo;origine<\/strong>, afin de <strong>limiter tout biais id\u00e9ologique ou dogmatique<\/strong>. Les chr\u00e9tiens sont tout autant des personnes anim\u00e9es par une <strong>recherche spirituelle<\/strong> (vision mystique) qu&rsquo;un groupe social changeant (vision sociologique et religieuse), en fonction de l&rsquo;\u00e9poque et du lieu (vision historique). Nous nous concentrerons exclusivement sur <strong>les chr\u00e9tiens et le christianisme des premiers si\u00e8cles<\/strong> (jusqu&rsquo;au IVe si\u00e8cle, pour \u00eatre pr\u00e9cis).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette revue historique nous permettra \u00e9galement de voir comment <strong>les enseignements chr\u00e9tiens n&rsquo;ont cess\u00e9 d&rsquo;\u00e9voluer<\/strong> <strong>progressivement<\/strong>, tout en soulignant ce qu&rsquo;ils \u00e9taient une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es apr\u00e8s la crucifixion et les inflexions qui leurs furent rapidement donn\u00e9es, souvent sous <strong>l&rsquo;impulsion forte des pouvoirs politiques en place<\/strong>. D&rsquo;un point de vue mystique, nous nous focalisons ici sur ces aspects humains, trop humains, pour <strong>mieux discerner derri\u00e8re eux les aspects spirituels<\/strong>, qui sont les seuls qui nous int\u00e9resseront pour nos pratiques mystiques. Ces \u00e9l\u00e9ments nous permettront d&rsquo;<strong>expliquer certains points sp\u00e9cifiques de notre approche<\/strong>, et notre positionnement vis-\u00e0-vis des Bibles (les textes actuellement re\u00e7us aujourd&rsquo;hui ne l&rsquo;ont pas toujours \u00e9t\u00e9 et encore moins sans luttes parfois sanglantes) et des diff\u00e9rentes sectes chr\u00e9tiennes. D&rsquo;un point de vue Mystique, nous sommes toutes et tous une seule famille spirituelle. Lisons l&rsquo;histoire avec ceci en t\u00eate : nous sommes <strong>lucides ET fraternels, unis dans le message d&rsquo;Amour Inconditionnel du Christ<\/strong> (<em>agap\u00e8<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\">Qui sont les chr\u00e9tiens et quand apparaissent-ils ?<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <strong>terme de \u00ab\u00a0chr\u00e9tien\u00a0\u00bb<\/strong> n&rsquo;appara\u00eet r\u00e9ellement <strong>qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;an quarante<\/strong>, soit pr\u00e8s de sept ans apr\u00e8s la date suppos\u00e9e de la mort et de la r\u00e9surrection de J\u00e9sus-Christ ; il servira d&rsquo;abord \u00e0 donner une identit\u00e9 sociale \u00e0 <strong>un groupe \u00e9mergent<\/strong> au sein de l&rsquo;Empire Romain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En effet, le qualificatif de \u00ab\u00a0chr\u00e9tien\u00a0\u00bb fut tr\u00e8s vraisemblablement, et en premier lieu, un terme venu de l&rsquo;ext\u00e9rieur : il est sans doute produit par <strong>l&rsquo;administration romaine<\/strong> qui avait besoin de d\u00e9signer ce groupe grandissant de personnes, issu du juda\u00efsme (Ancien Testament) mais s&rsquo;en \u00e9tant \u00e9loign\u00e9 par certains aspects doctrinaux et pratiques, pour suivre les nouvelles directions indiqu\u00e9es par J\u00e9sus (Nouveau Testament), faisant de ces \u00ab\u00a0<strong>partisans de J\u00e9sus<\/strong>\u00a0\u00bb (qui n&rsquo;\u00e9taient plus n\u00e9cessairement circoncis) des <strong>h\u00e9ritiers du juda\u00efsme<\/strong> pluriel du Second Temple, mais <strong>non des conservateurs<\/strong> au sens strict. La \u00ab\u00a0<strong>s\u00e9paration des chemins<\/strong>\u00a0\u00bb se fera progressivement du milieu <strong>du Ier si\u00e8cle et jusqu&rsquo;au IVe si\u00e8cle<\/strong>, la porosit\u00e9 entre juifs et chr\u00e9tiens devenant graduellement de plus en plus faible entre ces deux groupes sociaux. C&rsquo;est aussi la raison pour laquelle nous avons retenu cette <strong>p\u00e9riodisation<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\">Quelle est la langue de lecture et d&rsquo;enseignement des chr\u00e9tiens ?<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque de J\u00e9sus de Nazareth, le <strong>milieu jud\u00e9o-palestinien<\/strong> vivait dans un environnement linguistique complexe o\u00f9 cohabitaient <strong>trois langues principales<\/strong> : <strong>l&rsquo;aram\u00e9en<\/strong> (langue vernaculaire principale), <strong>l&rsquo;h\u00e9breu<\/strong> (langue liturgique et litt\u00e9raire, encore parl\u00e9e dans certains cercles ou dans certaines r\u00e9gions), la <strong>koin\u00e8<\/strong> (\u03ba\u03bf\u03b9\u03bd\u03ae, le grec commun, la langue de communication internationale ou <em>lingua franca<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire de commerce et d&rsquo;administration sous l&rsquo;Empire romain ; dans les premiers si\u00e8cles de l&rsquo;Empire Romain, la langue parl\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait pas comme on le croit souvent le latin, mais bien le grec, le latin ne servant essentiellement que de langue administrative). Suite aux <strong>conqu\u00eates d&rsquo;Alexandre le Grand<\/strong>, le grec de la <strong>koin\u00e8<\/strong> avait permis d&rsquo;unifier linguistiquement une zone allant du <strong>bassin m\u00e9diterran\u00e9en oriental<\/strong>, notamment l&rsquo;\u00c9gypte&#8230; <strong>jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Inde<\/strong> !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous Ptol\u00e9m\u00e9e II Philadelphe, dans le contexte de <strong>l&rsquo;\u00c9gypte hell\u00e9nistique<\/strong>, les <strong>juifs d&rsquo;Alexandrie<\/strong> ont depuis longtemps \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9s linguistiquement et <strong>ne ma\u00eetrisent plus l&rsquo;h\u00e9breu<\/strong>&#8230; ce qui est un probl\u00e8me pour pouvoir avoir acc\u00e8s aux textes sacr\u00e9s du juda\u00efsme, notamment lors de la liturgie. Il fut ainsi d\u00e9cid\u00e9 de <strong>traduire la Bible H\u00e9bra\u00efque <strong>en grec<\/strong> (Septante)<\/strong> : au IIIe si\u00e8cle av. J.-C. pour la Torah (qui deviendra en grec le Pentateuque), puis environ du IIe au Ier si\u00e8cle av. J.-C. pour les Proph\u00e8tes et les \u00c9crits. La koin\u00e8 a ainsi \u00e9t\u00e9 <strong>une des langues significatives du juda\u00efsme de la diaspora<\/strong>, mais il le fut <strong>tout autant dans la Jud\u00e9e du Ier si\u00e8cle<\/strong>, comme en attestent certains fragments de Qumr\u0101n (les fameux \u00ab\u00a0Manuscrits de la mer Morte\u00a0\u00bb), mais surtout le rouleau des Petits Proph\u00e8tes de Na\u1e25al \u1e24ever (8\u1e24evXII gr ; dat\u00e9 de la fin du Ier si\u00e8cle av. J.-C. ou du d\u00e9but du Ier si\u00e8cle apr. J.-C.) : il d\u00e9montre non seulement que <strong>la Septante circulait en Jud\u00e9e et dans ses environs<\/strong>, mais aussi qu&rsquo;elle y \u00e9tait <strong>\u00e9tudi\u00e9e de si pr\u00e8s qu&rsquo;elle faisait m\u00eame l&rsquo;objet de r\u00e9visions<\/strong> <strong>de son texte grec<\/strong> (Dominique Barth\u00e9lemy a prouv\u00e9 que cette r\u00e9vision de la Septante visait \u00e0 la rapprocher du texte h\u00e9breu proto-massor\u00e9tique, en cours de d\u00e9finition, comme on le verra dans la suite de cet article).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Loin de n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une simple langue de lecture de la Bible h\u00e9bra\u00efque, <strong>la koin\u00e8 \u00e9tait m\u00eame une de ses langues d&rsquo;enseignement&#8230; \u00e0 J\u00e9rusalem !<\/strong> C&rsquo;est ce que confirme l&rsquo;inscription de Th\u00e9odote (dat\u00e9e d&rsquo;avant 70 apr. J.-C.) grav\u00e9e sur pierre et r\u00e9dig\u00e9e int\u00e9gralement en grec : \u00ab\u00a0<em>Th\u00e9odote, fils de Vett\u00e9nos, pr\u00eatre et chef de la synagogue\u2026 a construit la synagogue pour la lecture de la loi et l&rsquo;enseignement des commandements\u2026<\/em>\u00ab\u00a0. Ceci <strong>prouve l&rsquo;existence de synagogues hell\u00e9nophones<\/strong> <strong>\u00e0 J\u00e9rusalem<\/strong>, destin\u00e9es aux Juifs de la diaspora de passage ou r\u00e9install\u00e9s, pour qui la Septante (\u1f19\u03b2\u03b4\u03bf\u03bc\u03ae\u03ba\u03bf\u03bd\u03c4\u03b1) \u00e9tait l&rsquo;unique acc\u00e8s aux textes bibliques sacr\u00e9s. Aujourd&rsquo;hui les <strong>seules sources quasi compl\u00e8tes qui nous restent de la Septante<\/strong> sont <em>C\u014ddex V\u0101tic\u0101nus<\/em> (base de l&rsquo;\u00e9dition acad\u00e9mique critique et \u00e9clectique de G\u00f6ttingen) et le <em>C\u014ddex Sina\u00efticus<\/em> (base du texte eccl\u00e9siastique et liturgique byzantin) du iVe si\u00e8cle. Tout <strong>ce que la chr\u00e9tient\u00e9 a re\u00e7u dans ses premiers si\u00e8cles<\/strong> de ce qui allait devenir <strong>l&rsquo;Ancien Testament<\/strong> \u00e9tait donc <strong>en grec de la koin\u00e8<\/strong> et massivement issu des deux traditions textuelles repr\u00e9sent\u00e9es par les deux codex que nous venons de citer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus encore, les <strong>\u00e9crits du Nouveau Testament<\/strong> (<strong>tous r\u00e9dig\u00e9s en koin\u00e8<\/strong> au Ier si\u00e8cle), <strong>citent directement et abondamment la Septante<\/strong> et non une traduction in\u00e9dite de l&rsquo;h\u00e9breu. On peut donc affirmer que c&rsquo;est bien <strong>le grec de la Koin\u00e8<\/strong> qui \u00e9tait la <strong>langue de r\u00e9f\u00e9rence des chr\u00e9tiens de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du Ier si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C.<\/strong>, ce qui permit une lecture des \u00e9crits chr\u00e9tiens par un plus vaste public. Ceci indique \u00e9galement que<strong><em> la langue de r\u00e9f\u00e9rence pour l&rsquo;\u00e9tude des textes <\/em>chr\u00e9tiens<em> n&rsquo;est autre que le grec et non l&rsquo;h\u00e9breu ou l&rsquo;aram\u00e9en<\/em><\/strong>, ni bien entendu le latin dont nous expliquerons l&rsquo;apparition dans la suite de ce texte. <strong>Le grec est la langue dans laquelle la Bible chr\u00e9tienne, et tout particuli\u00e8rement le Nouveau Testament, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite, pens\u00e9e et enseign\u00e9e<\/strong>. C&rsquo;est notamment le cas, dans le Nouveau Testament, de l&rsquo;\u00e9vangile synoptique de <strong>Marc (r\u00e9dig\u00e9 directement en grec<\/strong> entre 65 et 73 apr. J.-C.), mais aussi des deux \u00e9vangiles synoptiques qui s&rsquo;appuient fortement sur Marc (r\u00e9dig\u00e9s dans la d\u00e9cennie 80-90 apr. J.-C.) : l&rsquo;\u00e9vangile de <strong>Luc (int\u00e9gralement pens\u00e9 et r\u00e9dig\u00e9 en grec<\/strong> pour un public de gentils de culture gr\u00e9co-romaine) et l&rsquo;\u00e9vangile de <strong>Matthieu<\/strong> (si <strong>Marc est sa source documentaire principale<\/strong>, il a toutefois tr\u00e8s vraisemblablement <strong>traduit en grec<\/strong> un recueil de paroles originellement en aram\u00e9en ou en h\u00e9breu, selon la th\u00e9orie des deux sources). Quant \u00e0 l&rsquo;\u00e9vangile de <strong>Jean<\/strong>, son auteur (en r\u00e9alit\u00e9, une communaut\u00e9 johannique, dont le travail de r\u00e9vision du texte est visible au travers de la pr\u00e9sence de plusieurs strates textuelles dans le corpus) \u00ab\u00a0<strong>pensait en aram\u00e9en mais \u00e9crivait en grec<\/strong>\u00a0\u00bb (il s&rsquo;adressait sans doute \u00e0 une communaut\u00e9 bilingue) et fut r\u00e9dig\u00e9 entre 90 et 100 apr. J.-C. ; c&rsquo;est aussi le premier \u00e9vangile qui prend explicitement de la <strong>distance sociologique avec<\/strong> ceux qu&rsquo;il appelle d\u00e9sormais de fa\u00e7on r\u00e9currente <strong>\u00ab\u00a0les juifs\u00a0\u00bb<\/strong> (\u03bf\u1f31 \u1f38\u03bf\u03c5\u03b4\u03b1\u1fd6\u03bf\u03b9). C&rsquo;est dire l&rsquo;importance de la langue grecque dans la constitution du christianisme des premiers si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\">Chr\u00e9tien, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0non juif\u00a0\u00bb ?<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet aspect est sans doute <strong>l&rsquo;un des plus douloureux de l&rsquo;histoire chr\u00e9tienne<\/strong> : la transition du <strong>Juda\u00efsme<\/strong> (qui ne se nomme pas lui-m\u00eame comme tel au Ier si\u00e8cle), vers le <strong>Jud\u00e9o-christianisme<\/strong> (on est strictement juif, mais l&rsquo;on suit les enseignements de J\u00e9sus, comme par exemple les \u00c9bionites ou les Nazar\u00e9ens), jusqu&rsquo;au <strong>Christianisme strict<\/strong> (excluant d\u00e9sormais le fait que l&rsquo;on puisse se penser \u00ab\u00a0juif\u00a0\u00bb si l&rsquo;on est chr\u00e9tien)&#8230; moins pour des raisons spirituelles malheureusement que pour <strong>des raisons politiques locales<\/strong>, notamment apr\u00e8s la destruction du Second Temple par les l\u00e9gions romaines en 70 apr. J.-C.).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier \u00e9l\u00e9ment historique de divergence fut <strong>l&rsquo;int\u00e9gration des non-Juifs<\/strong> (les Gentils) apr\u00e8s le <strong>concile de J\u00e9rusalem (vers 50 apr. J.-C.)<\/strong> sous l&rsquo;impulsion de <strong>Paul de Tarse<\/strong> : les dirigeants du mouvement chr\u00e9tien d\u00e9cident que les convertis d&rsquo;origine pa\u00efenne n&rsquo;ont <strong>pas<\/strong> \u00e0 se soumettre \u00e0 la <strong>circoncision<\/strong>, <strong>ni<\/strong> \u00e0 l&rsquo;ensemble des <strong>prescriptions alimentaires<\/strong> de la Loi mosa\u00efque ! Le mouvement chr\u00e9tien cesse d&rsquo;\u00eatre une secte exclusivement juive et vers 70 apr. J.-C. ; qui plus est, les <strong>chr\u00e9tiens d&rsquo;origine pa\u00efenne deviennent d\u00e9mographiquement majoritaires<\/strong> par rapport aux jud\u00e9o-chr\u00e9tiens \u00e0 cette m\u00eame \u00e9poque. Il est raisonnable de penser que ces chr\u00e9tiens non juifs ma\u00eetrisent beaucoup mieux la koin\u00e8 que l&rsquo;h\u00e9breu ou l&rsquo;aram\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le deuxi\u00e8me p\u00e9riode de divergence m\u00e8nera \u00e0 une rupture politique et nationale (70-135 apr. J.-C.) : suite \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre jud\u00e9o-romaine, le centre n\u00e9vralgique du juda\u00efsme, <strong>le Second Temple est d\u00e9truit par les Romains (70 apr. J.-C.)<\/strong> ; le juda\u00efsme doit alors <strong>se r\u00e9inventer autour des pharisiens et des rabbins<\/strong>, tandis que le christianisme interpr\u00e8te cette destruction comme un <strong>ch\u00e2timent divin<\/strong> et la <strong>validation de la nouvelle alliance<\/strong>. En 132, le leader juif Simon bar Kokhba est proclam\u00e9 Messie (\u03a7\u03c1\u03b9\u03c3\u03c4\u03cc\u03c2) par le c\u00e9l\u00e8bre <strong>rabbin Akiva<\/strong>, ce qui provoque la d\u00e9solidarisation des chr\u00e9tiens vis-\u00e0-vis des r\u00e9voltes nationalistes juives (132-135 apr. J.-C.). \u00c0 l&rsquo;issue de la guerre, l&#8217;empereur <strong>Hadrien bannit les Juifs de J\u00e9rusalem<\/strong> (qui est rebaptis\u00e9e <em>Aelia Capit\u014dl\u012bna<\/em>). <strong>L&rsquo;\u00c9glise de J\u00e9rusalem<\/strong>, jusqu&rsquo;alors dirig\u00e9e par des \u00e9v\u00eaques jud\u00e9o-chr\u00e9tiens circoncis, <strong>passe sous le contr\u00f4le d&rsquo;\u00e9v\u00eaques d&rsquo;origine pa\u00efenne<\/strong>. C&rsquo;est durant cette m\u00eame p\u00e9riode que le <strong>travail de fixation du texte de la bible h\u00e9bra\u00efque<\/strong>, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par les Tanna\u00efm (les docteurs de la Mishna, l&rsquo;\u00e9lite du juda\u00efsme rabbinique) : l&rsquo;\u00e9cole du Rabbi Akiva pr\u00e9c\u00e9demment mentionn\u00e9 (vers 50-135 apr. J.-C.) a alors r\u00e9ussi \u00e0 <strong>imposer une m\u00e9thode d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se<\/strong> qui exigeait de tirer du sens de la moindre lettre, voire des particularit\u00e9s orthographiques du texte&#8230; ce qui <strong>n\u00e9cessitait un texte au squelette consonantique absolument fig\u00e9 et uniforme<\/strong>, obtenu par <strong><em>s\u00e9lection<\/em> de la seule tradition massor\u00e9tique<\/strong> et <strong>par exclusion de toutes les autres traditions textuelles<\/strong>, d\u00e9bouchant ainsi sur une <strong>standardisation in\u00e9gal\u00e9e<\/strong> (les points-voyelles ne seront invent\u00e9s par les Massor\u00e8tes qu&rsquo;entre le VIe et le Xe si\u00e8cle et leur standardisation marquera le triomphe de l&rsquo;\u00e9cole de Tib\u00e9riade d&rsquo;Aaron ben Asher, qui deviendra la norme d\u00e9finitive \u00e0 partir de Mo\u00efse Ma\u00efmonide au XIIe si\u00e8cle, qui en fit l&rsquo;unique mod\u00e8le valide pour copier la Torah), permettant d&rsquo;<strong>unifier la liturgie et l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se<\/strong>. Si la fixation du texte de la Bible h\u00e9bra\u00efque sur le <strong>standard massor\u00e9tique<\/strong> \u00e9tait sans doute d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9 vers l&rsquo;an 90, ce n&rsquo;\u00e9tait cependant <strong>pas la tradition textuelle ayant servi pour la traduction de la Septante<\/strong>, fait ignor\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque et qui sera source de nombreux probl\u00e8mes ult\u00e9rieurs. Le foss\u00e9 ne cesse de se creuser, insensiblement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La divergence qui s&rsquo;est consomm\u00e9e en rupture va progressivement s&rsquo;institutionnaliser (vers 90-100 apr. J.-C.), <strong>donnant une identit\u00e9 sociale distincte aux chr\u00e9tiens<\/strong>, per\u00e7us d\u00e9sormais comme \u00ab\u00a0non juifs\u00a0\u00bb, tant par l&rsquo;Empire romain (r\u00e9forme de \u00ab\u00a0l&rsquo;imp\u00f4t juif\u00a0\u00bb de 96 sous Nerva, que <strong>les chr\u00e9tiens d&rsquo;origine pa\u00efenne, ou ceux qui ont abandonn\u00e9 les coutumes juives, n&rsquo;ont plus \u00e0 payer<\/strong>), que par le juda\u00efsme rabbinique (suite au synode de Yavn\u00e9\/Jamnia fut introduite dans la pri\u00e8re quotidienne de la Amida la <em>Birkat ha-Minim<\/em> ou <strong>b\u00e9n\u00e9diction contre les h\u00e9r\u00e9tiques<\/strong>, qui visait divers \u00ab\u00a0d\u00e9viants\u00a0\u00bb pour les emp\u00eacher de diriger la liturgie synagogale, <strong>poussant progressivement les chr\u00e9tiens hors des synagogues<\/strong>, sans du reste constituer un concile d&rsquo;exclusion officiel). La scission sera ent\u00e9rin\u00e9e par l&rsquo;\u00e9v\u00eaque <strong>Ignace d&rsquo;Antioche vers 110 apr. J.-C.<\/strong>, en <strong>opposant<\/strong> pour la premi\u00e8re fois dans la litt\u00e9rature le terme de <strong>\u00ab\u00a0Christianisme\u00a0\u00bb<\/strong> \u00e0 celui de <strong>\u00ab\u00a0Juda\u00efsme\u00a0\u00bb<\/strong>&#8230; et exhortant ses fid\u00e8les \u00e0 ne plus vivre selon les pratiques juives ! Au milieu du IIe si\u00e8cle, l&rsquo;apolog\u00e8te <strong>Justin de Naplouse<\/strong> r\u00e9dige le <em>Dialogue avec Tryphon<\/em>, actant la <strong>concurrence frontale<\/strong> entre les deux entit\u00e9s pour le titre de <em>Verus Israel<\/em> (le v\u00e9ritable Isra\u00ebl). Les chemins sont <strong>d\u00e9sormais visiblement divergents, s\u00e9par\u00e9s, si ce n&rsquo;est m\u00eame parfois oppos\u00e9s<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\">Le Christianisme devient religion d&rsquo;\u00c9tat du monde occidental <\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9tiquette sociale \u00ab\u00a0chr\u00e9tien\u00a0\u00bb deviendra rapidement <strong>stigmatisante<\/strong> pour les <strong>\u00e9lites romaines pour pr\u00e8s de trois si\u00e8cles<\/strong> : le fait de se r\u00e9unir en secret la nuit, de s&rsquo;appeler \u00ab\u00a0fr\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0s\u0153ur\u00a0\u00bb, et de consommer symboliquement \u00ab\u00a0le corps et le sang\u00a0\u00bb du Christ engendre des <strong>rumeurs populaires tenaces d&rsquo;inceste rituel et de cannibalisme<\/strong>&#8230; \u00catre chr\u00e9tien est quelque chose de franchement infamant pour un citoyen romain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutefois, les trois premiers si\u00e8cles ne furent <strong>pas historiquement une \u00ab \u00e8re des martyrs \u00bb ininterrompue<\/strong> pour les chr\u00e9tiens, comme le pr\u00e9tendra l&rsquo;historiographie ult\u00e9rieure, notamment celle d&rsquo;<strong>Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e<\/strong> ; certes, suite au grand incendie de Rome (en 64), l&#8217;empereur N\u00e9ron utilisera les chr\u00e9tiens comme boucs \u00e9missaires, donnant lieu \u00e0 des pers\u00e9cutions violentes (crucifixions, b\u00fbchers), mais strictement circonscrites \u00e0 la ville de Rome. En effet, suite \u00e0 la demande du gouverneur Pline le Jeune \u00e0 <strong>Trajan<\/strong> (vers 112) sur la fa\u00e7on de traiter les chr\u00e9tiens en Bithynie, la r\u00e9ponse de l&rsquo;Empereur <strong>fixera en r\u00e9alit\u00e9 la jurisprudence pour un si\u00e8cle et demi<\/strong> dans l&rsquo;Empire : de fa\u00e7on <strong>tr\u00e8s ferme en apparence <\/strong>(se d\u00e9signer comme \u00ab\u00a0chr\u00e9tien\u00a0\u00bb est passible de mort si la personne refuse de renier sa foi en sacrifiant aux dieux de l&rsquo;Empire), mais <strong>beaucoup plus tol\u00e9rante dans la pratique<\/strong> (l&#8217;empereur interdit de les rechercher activement et toute d\u00e9nonciation anonyme est formellement rejet\u00e9e). il y aura bien <strong>des martyrs locaux<\/strong> ponctuellement suite \u00e0 des crises (ex. : les martyrs de Lyon et Vienne en 177, sous Marc Aur\u00e8le), mais non des pers\u00e9cutions imp\u00e9riales avant plus d&rsquo;un si\u00e8cle ; en r\u00e9alit\u00e9, les chr\u00e9tiens ont connu de tr\u00e8s longues p\u00e9riodes de paix relative (notamment la <strong>\u00ab petite paix de l&rsquo;\u00c9glise \u00bb entre 260 et 303<\/strong>), durant lesquelles ils construisaient des<strong> lieux de culte au grand jour et s&rsquo;int\u00e9graient \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 romaine<\/strong>, faisant n\u00e9anmoins suite aux \u00e9dits de Val\u00e9rien (257-258) imposant l&rsquo;interdiction des assembl\u00e9es, la confiscation des cimeti\u00e8res, et des ex\u00e9cutions cibl\u00e9es du clerg\u00e9 et des s\u00e9nateurs chr\u00e9tiens. La <strong>Grande Pers\u00e9cution (303-311)<\/strong>, qui est rest\u00e9e dans les m\u00e9moires, est celle de <strong>Diocl\u00e9tien<\/strong>, qui ordonne la destruction des \u00e9glises, la cr\u00e9mation des textes sacr\u00e9s, la privation de droits juridiques pour les chr\u00e9tiens, et enfin et toujours l&rsquo;obligation universelle de sacrifier aux Dieux de l&rsquo;Empire sous peine de mort. La p\u00e9riode sera suffisamment violente et choquante pour les romains qu&rsquo;<strong>une bascule s&rsquo;op\u00e9rera juste apr\u00e8s l&rsquo;abdication d&rsquo;un Diocl\u00e9tien<\/strong> <strong>malade<\/strong> et de son co-empereur Maximien (en 305), un fait rare dans l&rsquo;Empire o\u00f9 la fin de r\u00e8gne est g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9termin\u00e9e par la mort naturelle&#8230; ou l&rsquo;assassinat ! Il refusera par ailleurs fermement de reprendre le pouvoir en 308 quand surviendra l&rsquo;<strong>effondrement politique du syst\u00e8me de la T\u00e9trarchie<\/strong>, qu&rsquo;il avait lui-m\u00eame mis en place et d\u00e9sormais dirig\u00e9 tant bien que mal par Gal\u00e8re. Sur son lit de mort (30\/04\/311), Gal\u00e8re constate l&rsquo;\u00e9chec de la r\u00e9pression : les chr\u00e9tiens n&rsquo;ayant pas reni\u00e9 leur foi, ils se retrouvent sans culte actif, ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme dangereux pour l&rsquo;\u00e9quilibre de l&rsquo;\u00c9tat&#8230; Afin de <strong>pacifier les provinces orientales<\/strong>, <strong>l&rsquo;\u00e9dit de tol\u00e9rance de Gal\u00e8re<\/strong> leur accorde le droit d&rsquo;exister (<em>ut d\u0113nu\u014d sint Chr\u012bsti\u0101n\u012b<\/em>) et de reb\u00e2tir leurs lieux de r\u00e9union, \u00e0 condition de prier leur Dieu pour le salut de l&#8217;empereur et de l&rsquo;\u00c9tat ! Il mourra quelques semaines plus tard, apr\u00e8s avoir de fait reconnu que <strong>les chr\u00e9tiens \u00e9taient d\u00e9sormais un pouvoir politique avec qui il fallait compter<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La situation fut d\u00e9finitivement consolid\u00e9e par la promulgation de la <strong>libert\u00e9 de Culte (\u00ab\u00a0\u00e9dit\u00a0\u00bb de Milan de 313)<\/strong> de <strong>Constantin<\/strong> <strong>et Licinius<\/strong>, l\u00e9galisant le christianisme (restitution des biens confisqu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise et cr\u00e9ation d&rsquo;une personalit\u00e9 morale : le corps des chr\u00e9tiens ou <em><strong>corpus Chr\u012bsti\u0101n\u014drum<\/strong><\/em>) et instaurant une tol\u00e9rance religieuse pour tous les cultes (toutes les religions sur un pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 juridique stricte vis-\u00e0-vis de l&rsquo;\u00c9tat). Afin d&rsquo;<strong>unifier la doctrine<\/strong> face aux dissensions internes (notamment l&rsquo;arianisme), <strong>Constantin<\/strong> convoque le <strong>concile de Nic\u00e9e en 325<\/strong>. C&rsquo;est \u00e0 cette occasion qu&rsquo;est <strong>d\u00e9fini le dogme trinitaire<\/strong>, utilisant le terme grec ancien \u1f41\u03bc\u03bf\u03bf\u03cd\u03c3\u03b9\u03bf\u03c2, signifiant \u00ab consubstantiel \u00bb. Un demi-si\u00e8cle plus tard, le christianisme allait d&rsquo;ailleurs <strong>devenir religion d&rsquo;\u00c9tat de l&rsquo;Empire<\/strong> par le <strong>d\u00e9cret conjoint des empereurs Th\u00e9odose Ier<\/strong> (qui dirigeait l&rsquo;Empire d&rsquo;Orient), <strong>Gratien et Valentinien II<\/strong> (qui dirigeaient l&rsquo;Empire d&rsquo;Occident) et qui <strong>impose le christianisme nic\u00e9en<\/strong> comme <strong>l&rsquo;unique religion d&rsquo;\u00c9tat l\u00e9gitime<\/strong> <strong>(\u00e9dit de Thessalonique de 380)<\/strong>, interdisant progressivement les cultes pa\u00efens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est le moment o\u00f9 le christianisme va changer de langue et <strong>passer du Grec<\/strong> (la langue de l&rsquo;\u00e9glise de Constantinople) <strong>au Latin<\/strong> (la langue de l&rsquo;\u00e9glise de Rome), langue qui dominera absolument le christianisme occidental \u00e0 la fin du IVe si\u00e8cle : Tertullien cr\u00e9era le vocabulaire th\u00e9ologique latin (il forge des centaines de n\u00e9ologismes afin de traduire les concepts philosophiques et th\u00e9ologiques grecs), jusqu&rsquo;\u00e0 la <strong>standardisation biblique (382-405 apr. J.-C.)<\/strong>. \u00c0 la demande du pape Damase Ier, <strong>J\u00e9r\u00f4me de Stridon<\/strong> traduit la Bible pour produire ce qui deviendra quelques si\u00e8cles plus tard <strong>la Vulgate<\/strong>, la <strong>r\u00e9f\u00e9rence absolue de l&rsquo;Occident chr\u00e9tien<\/strong> ; il y a cependant un point majeur \u00e0 souligner : en utilisant les textes h\u00e9bra\u00efques disponibles \u00e0 son \u00e9poque, il pense donner une traduction de l&rsquo;Ancien Testament plus fid\u00e8le (dite \u00ab\u00a0<em>H\u0113braica v\u0113rit\u0101s<\/em>\u00ab\u00a0) que celle de la Septante, pourtant d\u00e9fendue par <strong>Augustin d&rsquo;Hippone<\/strong> ; malheureusement, s&rsquo;il est sans doute bien fid\u00e8le au texte proche du texte massor\u00e9tique en circulation chez les juifs depuis deux si\u00e8cles, celui-ci appartient \u00e0 une tradition et d&rsquo;une r\u00e9vision textuelle diff\u00e9rente et post\u00e9rieure d&rsquo;environ 700 ans aux textes retenus par la Septante. De ce fait, nous restons donc sur notre position pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9e : le texte qui a eu cours dans la chr\u00e9tient\u00e9 pendant pr\u00e8s de quatre si\u00e8cle a toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans une langue unique : le grec de la Koin\u00e8. De notre point de vue, si l&rsquo;on veut \u00eatre fid\u00e8le au christianisme des premiers si\u00e8cles, <strong>notre texte de r\u00e9f\u00e9rence devra donc \u00eatre celui \u00e9crit en grec<\/strong>, et d&rsquo;avant les r\u00e9visions h\u00e9bra\u00efsantes commen\u00e7ant au IIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\">Le christianisme du IVe si\u00e8cle jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours : une profusion de d\u00e9nominations chr\u00e9tiennes<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;effondrement de l&rsquo;Empire romain d&rsquo;Occident (476)<\/strong> laisse <strong>l&rsquo;\u00c9glise latine comme la principale force de structuration sociale en Europe occidentale<\/strong>. L&rsquo;ann\u00e9e <strong>1054<\/strong> marque une rupture d\u00e9cisive : les <strong>excommunications mutuelles<\/strong> entre les l\u00e9gats du pape et le patriarche de Constantinople actent la <strong>s\u00e9paration d\u00e9finitive entre l&rsquo;\u00c9glise catholique romaine<\/strong> (en Occident) <strong>et l&rsquo;\u00c9glise orthodoxe<\/strong> (en Orient). C&rsquo;est \u00e0 partir de cette date que le concept de \u00ab christianisme occidental \u00bb acquiert son p\u00e9rim\u00e8tre g\u00e9ographique et eccl\u00e9siologique strict. Au XIe si\u00e8cle, <strong>la papaut\u00e9 affirme sa supr\u00e9matie politique et spirituelle absolue lors de la R\u00e9forme gr\u00e9gorienne<\/strong>. En 1075, le pape Gr\u00e9goire VII r\u00e9dige le <em>D\u012bct\u0101tus P\u0101pae<\/em>, un recueil de vingt-sept propositions qui th\u00e9orise la <strong>primaut\u00e9 pontificale sur tout pouvoir s\u00e9culier<\/strong>. La proposition XII l&rsquo;explicite sans ambigu\u00eft\u00e9 \u00ab\u00a0qu&rsquo;il lui est permis de d\u00e9poser les empereurs\u00a0\u00bb. Les si\u00e8cles suivants voient <strong>l&rsquo;essor de la scolastique<\/strong> dans les universit\u00e9s europ\u00e9ennes, un cadre interpr\u00e9tatif intellectuel tentant de <strong>concilier la philosophie aristot\u00e9licienne et la r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne<\/strong>, dont <strong>Thomas d&rsquo;Aquin<\/strong> (1225\u20131274) est la figure de proue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <strong>XVIe si\u00e8cle<\/strong> met <strong>fin \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 religieuse de l&rsquo;Occident<\/strong> : en 1517, le moine augustin <strong>Martin Luther publie ses 95 th\u00e8ses<\/strong>, d\u00e9non\u00e7ant la vente des indulgences. Ce mouvement, d&rsquo;abord pens\u00e9 comme une r\u00e9forme interne, <strong>donne naissance au protestantisme<\/strong>. La <strong>th\u00e9ologie r\u00e9form\u00e9e<\/strong> s&rsquo;articule autour de principes refusant la m\u00e9diation institutionnelle romaine, notamment la <em><strong>s\u014dl\u0101 scr\u012bpt\u016br\u0101<\/strong><\/em> (l&rsquo;\u00c9criture seule, autorit\u00e9 supr\u00eame) et la <strong><em>s\u014dl\u0101 fid\u0113<\/em><\/strong> (la justification par la foi seule, et non par les \u0153uvres). <strong>L&rsquo;\u00c9glise catholique romaine r\u00e9pond institutionnellement par le concile de Trente<\/strong> (1545\u20131563). Ce concile fixe la <strong>Contre-R\u00e9forme<\/strong>, r\u00e9affirmant la <strong>validit\u00e9 des sept sacrements<\/strong>, <strong>l&rsquo;autorit\u00e9 de la Tradition aux c\u00f4t\u00e9s de la Bible<\/strong>, et <strong>standardisant la liturgie latine<\/strong>. Cette bipolarisation catholique\/protestante entra\u00eene <strong>un si\u00e8cle de conflits arm\u00e9s en Europe (les guerres de Religion)<\/strong>, s&rsquo;achevant par les trait\u00e9s de Westphalie en 1648, qui \u00e9tablissent le <strong>principe <em>c\u016bius regi\u014d, \u0113ius religi\u014d<\/em><\/strong> (tel prince, telle religion).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir du XVIIIe si\u00e8cle, la philosophie des Lumi\u00e8res et la R\u00e9volution fran\u00e7aise (1789) amorcent un <strong>processus de d\u00e9christianisation politique en Europe continentale<\/strong>. Le christianisme occidental perd son monopole sur la sph\u00e8re publique, entrant dans une \u00e8re de s\u00e9cularisation o\u00f9 <strong>l&rsquo;\u00c9tat et l&rsquo;\u00c9glise se s\u00e9parent juridiquement<\/strong>. Au XXe si\u00e8cle, face \u00e0 <strong>l&rsquo;\u00e9rosion de la pratique religieuse en Occident<\/strong>, l&rsquo;\u00c9glise catholique convoque le concile <strong>Vatican II<\/strong> (1962\u20131965). Ce concile op\u00e8re une <strong>mise \u00e0 jour doctrinale et pastorale majeure<\/strong> : abandon du latin obligatoire pour la messe (adoption des langues vernaculaires), promotion de l&rsquo;\u0153cum\u00e9nisme et reconnaissance de la libert\u00e9 religieuse. Parall\u00e8lement, le monde protestant est red\u00e9fini par <strong>l&rsquo;\u00e9mergence des mouvements \u00e9vang\u00e9listes et pentec\u00f4tistes<\/strong> (n\u00e9s au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle aux \u00c9tats-Unis). Ces courants, caract\u00e9ris\u00e9s par une <strong>organisation d\u00e9centralis\u00e9e<\/strong> et une <strong>insistance sur l&rsquo;exp\u00e9rience individuelle de conversion<\/strong>, constituent aujourd&rsquo;hui la force d\u00e9mographique la plus dynamique du christianisme occidental contemporain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2026, <strong>les chr\u00e9tiens dans le monde<\/strong> se r\u00e9partissent \u00e0 peu pr\u00e8s de la fa\u00e7on suivante en fonction de <strong>trois grandes d\u00e9nominations<\/strong>&#8230; qui regroupent <strong>une multitude de sous-d\u00e9nominations chr\u00e9tiennes<\/strong> : Catholiques romains (48% ; dont la moiti\u00e9 r\u00e9side aujourd&rsquo;hui sur le continent am\u00e9ricain&#8230;), Protestants au sens large (37% ; dont moins de 50% pour les familles confessionnelles historiques et les Anglicans, et le reste se r\u00e9partissant entre la \u00ab\u00a0n\u00e9buleuse \u00e9vang\u00e9lique\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0\u00c9glises non-d\u00e9nominationnelles\u00a0\u00bb, ainsi qu&rsquo;entre les pentec\u00f4tistes et charismatiques, en forte expansion), Orthodoxes orientaux et byzantins (11%), \u00ab\u00a0Autres\u00a0\u00bb dont Ind\u00e9pendants et marginaux (4%).<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\">Et l&rsquo;histoire de la mystique chr\u00e9tienne dans tout \u00e7a ?<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;institutionnalisation du christianisme au IVe si\u00e8cle correspond \u00e0<strong> l&rsquo;\u00e9mergence du monachisme dans les d\u00e9serts d&rsquo;\u00c9gypte<\/strong> (avec des figures fondatrices comme Antoine le Grand). Toutefois, c&rsquo;est avec <strong>Augustin d&rsquo;Hippone<\/strong> (354\u2013430) que se structure la premi\u00e8re grande synth\u00e8se mystique occidentale. Vers la fin du Ve si\u00e8cle ou le d\u00e9but du VIe si\u00e8cle, un auteur \u00e9crivant sous le nom de <strong>Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite<\/strong> introduit des <strong>concepts n\u00e9oplatoniciens<\/strong> cruciaux, tels que la <strong>th\u00e9ologie apophatique<\/strong> (la connaissance de Dieu par l&rsquo;ignorance ou la soustraction). Ses trait\u00e9s, comme la \u039c\u03c5\u03c3\u03c4\u03b9\u03ba\u1f74 \u03b8\u03b5\u03bf\u03bb\u03bf\u03b3\u03af\u03b1, traduits du grec en latin au IXe si\u00e8cle, auront un i<strong>mpact structurel sur tout le Moyen \u00c2ge occidental<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le XIIe si\u00e8cle marque un tournant historiographique, qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0<strong>nouvelle mystique<\/strong>\u00ab\u00a0. Ce si\u00e8cle voit l&rsquo;essor du <strong>monachisme cistercien<\/strong>, domin\u00e9 par <strong>Bernard de Clairvaux<\/strong> (1090\u20131153). Ses sermons sur le <em>Canticum Cantic\u014drum<\/em> (Cantique des Cantiques) fixent le lexique affectif dominant du Moyen \u00c2ge, centr\u00e9 sur le <strong>mariage spirituel entre l&rsquo;\u00c2me et le Verbe<\/strong>. Aux XIIIe et XIVe si\u00e8cles, le courant dominant de la mystique se d\u00e9place vers l&rsquo;espace germanique et flamand. On y observe deux ph\u00e9nom\u00e8nes majeurs : 1) La <strong>mystique vernaculaire f\u00e9minine<\/strong>, avec l&rsquo;\u00e9mergence des <strong>b\u00e9guines<\/strong>, telles que Marguerite Porete (br\u00fbl\u00e9e sur le b\u00fbcher en 1310 pour son \u0153uvre <em>Le Miroir des \u00e2mes simples<\/em>) ; elles r\u00e9digent leurs exp\u00e9riences de l&rsquo;an\u00e9antissement de l&rsquo;\u00e2me directement en langue \u00ab\u00a0vulgaire\u00a0\u00bb. 2) L&rsquo;<strong>\u00e9cole rh\u00e9nane<\/strong>, men\u00e9e par des <strong>th\u00e9ologiens dominicains<\/strong> comme <strong>Ma\u00eetre Eckhart<\/strong> (v. 1260\u20131328) ; sa conceptualisation du <strong>\u00ab\u00a0d\u00e9tachement\u00a0\u00bb absolu<\/strong> m\u00e8nera \u00e0 la condamnation posthume d&rsquo;une partie de ses th\u00e8ses par la papaut\u00e9 en 1329 (bulle <em>In agro dominico<\/em>), d\u00e9montrant la <strong>tension croissante entre l&rsquo;exp\u00e9rience mystique et l&rsquo;autorit\u00e9 dogmatique<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le XVIe si\u00e8cle est domin\u00e9 par <strong>l&rsquo;\u00e9cole carm\u00e9litaine espagnole<\/strong>. <strong>Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;\u00c1vila<\/strong> (1515\u20131582) cartographie rigoureusement la <strong>psychologie de l&rsquo;oraison int\u00e9rieure<\/strong>, tandis que <strong>Jean de la Croix<\/strong> (1542\u20131591) th\u00e9orise la <strong>purgation sensorielle et spirituelle n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;union<\/strong>, souvent d\u00e9crite \u00e0 travers la m\u00e9taphore du passage par le vide (\u00ab\u00a0<em>Par une nuit obscure, d&rsquo;angoisses en amours enflamm\u00e9e\u2026<\/em>\u00ab\u00a0). Au XVIIe si\u00e8cle, en France, le mysticisme occidental affronte une crise de l\u00e9gitimit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re : la <strong>querelle du qui\u00e9tisme<\/strong>. Des figures comme Madame Guyon et l&rsquo;archev\u00eaque F\u00e9nelon d\u00e9fendent l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;un <strong>\u00e9tat de \u00ab\u00a0pur amour\u00a0\u00bb passif et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, indiff\u00e9rent m\u00eame \u00e0 son propre salut<\/strong>. Cette doctrine est per\u00e7ue par Rome comme une <strong>menace directe pour la n\u00e9cessit\u00e9 de la m\u00e9diation sacramentelle<\/strong>. La condamnation papale de F\u00e9nelon en 1699 marque un coup d&rsquo;arr\u00eat : <strong>la mystique, devenue suspecte aux yeux de l&rsquo;institution eccl\u00e9siastique, entame une longue p\u00e9riode de marginalisation<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du XVIIIe au milieu du XIXe si\u00e8cle, <strong>les Lumi\u00e8res et le rationalisme scientifique triomphant rejettent largement le ph\u00e9nom\u00e8ne mystique<\/strong>, le rel\u00e9guant au <strong>rang de pathologie ou d&rsquo;illusion<\/strong>. Le <strong>XXe si\u00e8cle<\/strong> conna\u00eet toutefois une <strong>r\u00e9surgence<\/strong> et une <strong>r\u00e9habilitation<\/strong> de l&rsquo;objet mystique, selon deux axes : <strong>1) L&rsquo;axe sociologique et philosophique<\/strong> : des figures comme <strong>William James<\/strong> (<em>The Varieties of Religious Experience<\/em>, 1902) red\u00e9finissent <strong>la mystique<\/strong> non plus comme une h\u00e9r\u00e9sie ou une maladie, mais comme le <strong><span style=\"text-decoration: underline;\">noyau universel de l&rsquo;exp\u00e9rience du divin<\/span><\/strong>, marquant le passage de la \u00ab\u00a0th\u00e9ologie mystique\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0mysticisme\u00a0\u00bb en tant qu&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude compar\u00e9e. <strong>2) L&rsquo;axe interreligieux<\/strong> : le moine cistercien-trappiste <strong>Thomas Merton<\/strong> (1915\u20131968) r\u00e9active la <strong>tradition contemplative catholique<\/strong> tout en \u00e9tablissant des <strong>points de contact pionniers avec les traditions asiatiques<\/strong> (bouddhisme zen).<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\">Conclusion<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le but de cet article \u00e9tait de montrer que, sous <strong>l&rsquo;apparence confuse d&rsquo;une multitude de d\u00e9nominations chr\u00e9tiennes<\/strong>, comme autant de sectes \u00e0 tendance plus ou moins ouvertes ou plus volontiers sectaires et exclusives, il reste toujours <strong>l&rsquo;unit\u00e9 r\u00e9elle des enseignements spirituels du Christ centr\u00e9s sur l&rsquo;Amour<\/strong>, quoique interpr\u00e9t\u00e9s de fa\u00e7ons diverses et vari\u00e9es, tol\u00e9rantes ou intol\u00e9rantes, tout comme l&rsquo;\u00e9tait le juda\u00efsme pluriel du Ier si\u00e8cle. En r\u00e9alit\u00e9, la situation religieuse n&rsquo;a pas beaucoup chang\u00e9 depuis les origines du christianisme et ses affres politiques ; <strong>le courant mystique se focalisera essentiellement sur les aspects spirituels<\/strong>, qui, \u00e0 eux seuls, ont de quoi nous occuper jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des temps&#8230; <strong>pour notre plus grand bonheur et celui de toutes nos Soeurs et Fr\u00e8res, chr\u00e9tiens ou non<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article a pour objet de faire un point historique et textuel suffisant pour prendre en compte la complexit\u00e9 socio-historique du christianisme, afin que nous n&rsquo;ayons plus r\u00e9ellement besoin d&rsquo;y revenir ensuite : ceci nous permettra finalement de d\u00e9finir une &hellip; <a href=\"https:\/\/mysticismechretien.fr\/index.php\/chretiens\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-61","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mysticismechretien.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/61","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mysticismechretien.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/mysticismechretien.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mysticismechretien.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mysticismechretien.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=61"}],"version-history":[{"count":91,"href":"https:\/\/mysticismechretien.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/61\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":300,"href":"https:\/\/mysticismechretien.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/61\/revisions\/300"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mysticismechretien.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=61"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}